En quoi l’Intelligence Emotionnelle (IE) va vous aider dans votre futur métier ?

Vous êtes lycéens, étudiants, ou salariés en activité ? Il vous semble avoir choisi une formation ou un domaine d’activité en adéquation avec vos intérêts ? Vous avez acquis des connaissances théoriques et techniques vous permettant d’exercer dans ce domaine ? Cela dit, vous percevez qu’il manque quelque chose pour vous sentir totalement à l’aise en entreprise et vous intégrer ? A l’école vous apprenez des savoirs et savoirs faire. Mais qu’en est-il du savoir-être et de votre faculté à identifier, apprivoiser et maîtriser vos émotions ? Ne trouvez-vous pas qu’un professionnel qui a l’air de s’assumer, se respecter, qui est sûr de lui, s’affirme de manière non agressive, prend en compte l’avis, la situation et les sentiments des autres personnes, est un professionnel qui gère mieux son stress et prend de meilleures décisions, et a des relations interpersonnelles de qualité ?

Si tel est le cas, alors je vous invite à lire la suite de cet article. Il vous donnera des clés pour faire de vos émotions et de celles des autres des alliés et facteurs clés de réussite au travail.

1. Qu’est-ce que l’intelligence émotionnelle et qu’est-ce que cela peut vous apporter ?

Tout d’abord parlons de compétences. Car l’intelligence émotionnelle en est une, et pas des moindres. Une compétence est un agrégat de 4 savoirs qui se développent, s’entretiennent, s’enrichissent. Une compétence est donc dynamique. Tout le monde peut monter en compétences avec de l’apprentissage. Elle comporte des savoirs (connaissances théoriques), savoir-faire (connaissances pratiques), savoir-être (comportements relationnels) et aptitudes physiques. Dans les sociétés occidentales actuelles, l’expertise métier a tendance à être plus valorisée dans le cadre du travail. Nous parlons ici de savoirs et de savoir-faire. 

Qu’en est-il du savoir être ? Vous avez certainement tous observé des personnes dans votre entourage pour qui la vie en équipe et en société semble fluide et facile, et qui ne sont pas forcément des experts techniques dans leur domaine. C’est parce qu’ils ont développé leurs aptitudes émotionnelles et sociales, qui sont une condition sine qua none de bon fonctionnement du processus relationnel. 

Il n’est pas étonnant que de plus en plus d’écoles et d’entreprises intègrent des cours et formations en développement personnel. Dans un monde où l’expertise technique va devenir de plus en plus prise en charge par l’Intelligence Artificielle (IA), l’Intelligence Emotionnelle (IE) va devenir un élément différenciant majeur pour l’être humain. Les robots actuels dans un futur proche sont loin de pouvoir encore reproduire les émotions humaines et leurs interactions.

Maintenant, intéressons-nous aux émotions. Le mot émotion nous vient du latin emovere, qui signifie « mettre en mouvement ». Quand quelque chose d’agréable ou de désagréable se produit, notre cerveau envoie un signal à notre corps pour qu’il bouge. En général, cela est lié à une des 4 émotions primaires les plus ressenties : la peur, la colère, la tristesse et la joie. D’autres sentiments un peu plus complexes peuvent amener à avoir une réaction telle que le dégoût, la surprise, la honte, la culpabilité…

Mary rentre tard, seule à pieds après une soirée. Elle est soudainement interpellée de manière agressive par deux personnes qu’elle ne connait pas. Elle va prendre la fuite, et courir de toutes ses forces. Elle a eu peur !

Ugo reçoit une lettre lui annonçant qu’il a obtenu son diplôme avec mention. Il saute de joie et prend sa mère dans ses bras.

Jean apprend que son voisin de bureau est décédé la veille. Il se met à pleurer à chaudes larmes de tristesse.

Maud avait rendez-vous devant le cinéma avec son ami qui arrive 1h en retard sans s’excuser. Elle hausse le ton et exprime sa colère.

Maintenant, en quoi connaître vos émotions va vous aider dans la vie de tous les jours ?

Comme vous avez pu le lire plus haut, les émotions de base arrivent de manière spontanée et naturelle, en quelque sorte nous les subissons, nous agissons sans réfléchir pour nous préserver, voire pour survivre. Imaginez laisser vos émotions s’exprimer totalement dans des contextes où il est moins évident de distinguer l’intention de l’interlocuteur. Quelles pourraient être les conséquences ?

Prenons un exemple : Roger arrive à son bureau le matin, son bureau est vide, ses affaires ont disparu. Une vague de chaleur l’envahit aux joues, la colère monte. Son voisin de bureau passe juste à ce moment-là. Roger lui demande sur un ton sec : « qui a touché à mon bureau ? ». Son voisin lui répond : « moi mais… » et Roger ne lui laisse pas le temps de finir, il déverse sa colère sur son voisin. Roger apprend quelques heures plus tard que son voisin avait pris l’initiative par gentillesse de déplacer ses affaires pour lui éviter qu’elles soient perdues. Car en effet, la veille Roger était en congés et avait oublié que le déménagement du plateau était prévu ce jour-là…

Prenons le même exemple d’un autre point de vue : Roger arrive à son bureau le matin, son bureau est vide, il n’y a plus rien. Une vague de chaleur l’envahit aux joues, la colère monte. Son voisin de bureau passe juste à ce moment-là. Roger sent sa colère monter et prend le temps d’identifier qu’il a besoin de comprendre ce qu’il s’est passé, et d’être rassuré sur le fait qu’on ne l’a pas lésé. Il demande alors à son voisin sur un ton calme et poli : « sais-tu où sont passées mes affaires, c’est étrange, tout a disparu ? ». Son voisin lui répond en souriant : « Oui c’est moi qui les ai déplacées sur ton nouveau bureau car tu étais absent hier lors du déménagement. ». Roger, rassuré et agréablement surpris répond alors : « Oh oui c’est vrai, j’avais complétement oublié. Merci c’est très gentil de ta part ! ».

Que pensez-vous des 2 exemples ? Quelles sont les conséquences sur la relation dans les 2 cas ? Quelles peuvent être les impacts sur leurs relations de travail s’ils doivent collaborer ultérieurement ? Également, comment va se sentir Roger dans les 2 situations ? Quel va être l’impact sur la perception qu’il a de lui-même, son bien-être et par voie de conséquence sur sa performance ?

Au-delà d’un effet de mode, ces exemples permettent de constater que l’intelligence émotionnelle est un atout dans maintes situations : pour votre santé, votre performance, à l’école, en entreprise, avec vos clients et fournisseurs, en amitié, en famille, en équipe, en loisirs et associatif…

Oui enfant, nous subissons nos émotions, nous ne savons pas mettre des mots sur ce que nous ressentons et nous sommes amenés à soit les exprimer de manière excessive, soit les intérioriser et les réprimer. Dans les 2 cas, il y aura des conséquences physiologiques, psychologiques et sociales. En fonction de notre environnement, nous allons grandir et devenir un adulte qui continue à subir ses émotions ou un adulte qui aura appris à les reconnaitre et les utiliser efficacement.

Corinne Martin, dans son livre « émoi, émoi, émoi, L’intelligence des émotions » – avril 2019, définit l’intelligence émotionnelle comme la capacité d’un individu à reconnaitre ses émotions et celles des autres et à utiliser ces informations pour guider sa pensée et ses comportements de manière efficace et optimale.

La bonne nouvelle, c’est que l’intelligence émotionnelle est une compétence, ce qui veut dire que cela s’apprend comme tout autre aptitude théorique ou technique et que nous pouvons progresser continuellement. L’autre bonne nouvelle, c’est que l’intelligence émotionnelle est composée de multiples dimensions, toutes interdépendantes. Quand nous progressons sur une, nous progressons sur les autres aussi !

2. Quelques astuces pour travailler votre intelligence émotionnelle :

Maintenant, la question que vous devez vous posez, c’est comment faire pour développer cette compétence ? Sur quels aspects et par quel biais ? Je vous livre ci-dessous quelques recettes, certes non exhaustives, mais qui vous permettront de commencer à pratiquer.

Il existe plusieurs questionnaires mesurant l’intelligence émotionnelle. J’ai choisi pour ma part l’EQ-I 2.0 car il est issu des travaux de Daniel Goleman, psychologue américain, qui a été un des premiers à avoir mis en avant le QE (Quotient Emotionnel) comme facteur clé de réussite incontournable, même avec un QI (Quotient Intellectuel) et une expertise technique développés. Daniel Goleman, « L’intelligence émotionnelle » – 1995.

De plus l’EQ-I 2.0 est le questionnaire le plus utilisé au monde à ce jour, et permet une auto-évaluation de 5 dimensions, déclinées en 15 compétences. Ce qui lui donne une ouverture et un potentiel de développement non négligeable. Vous trouverez ci-dessous la roue de l’EQ-I 2.0 pour vous faire une idée.

Les 5 dimensions influent directement sur le bien-être, la performance et le fonctionnement social et émotionnel. En effet, la perception que vous avez de vous-même va influer sur la manière que vous aurez de vous exprimer, qui a son tour va avoir un impact sur vos relations humaines. Votre manière d’interagir va influencer votre façon de prendre des décisions et par voie de conséquence votre gestion du stress. Votre gestion du stress impacte votre perception de vous-même et ainsi de suite.

Chacune des 15 compétences est évaluée. Comme je le disais plus haut, les compétences sont interdépendantes et permettent d’agir les unes sur les autres. Si certaines compétences sont déséquilibrées, il est donc possible d’utiliser celles qui sont une force pour améliorer celles qui sont plus faibles. 

Par exemple, si vous avez une forte empathie et une affirmation de soi faible, vous pouvez potentiellement utiliser votre aptitude à vous mettre à la place des autres et à ressentir et prendre en compte leurs sentiments pour améliorer votre manière d’exprimer votre point de vue, avec respect et bienveillance.

Passons en revue quelques exemples concrets.

Bien sûr, nous ne pourrons pas travailler toutes les compétences. Pour cela, il faudrait passer le questionnaire et faire un debrief avec un professionnel pour explorer des actions personnalisées en cohérence avec votre profil.

Nous sommes nombreux à manquer de confiance en nous, à nous renvoyer une image dévalorisée de nous-mêmes, à avoir du mal à être fier de nos accomplissements. Quelques exercices et outils peuvent contribuer à améliorer votre amour propre.

Un outil que j’utilise aussi bien avec les adultes que les enfants est la roue de l’émotion. Elle permet d’apprendre à prendre conscience de ses émotions et sentiments, et surtout du besoin associé. Car derrière chaque émotion se cache un besoin

Comment voulez-vous vous aimer si vous ne comprenez pas ce que vous ressentez et ce dont vous avez besoin pour apaiser vos sensations ? En effet, dans l’exemple de Roger plus haut, nous avons vu qu’il a d’abord senti une chaleur lui monter aux joues, puis a identifié qu’il était en colère. Cette colère était liée à quel besoin ? Certainement que Roger avait besoin de respect, ou de communication, ou d’appartenance ou d’autre chose. 

La roue de l’émotion permet de prendre le temps de se poser sur ses ressentis, de les analyser et d’éviter de surréagir ou d’intérioriser pour exploser plus tard. Cela permet donc aussi d’éviter d’avoir des comportements qui nous font nous sentir honteux, idiot ou coupable, et qui altèrent notre estime de soi.

Un petit exercice qui permet de reprendre confiance en soi consiste à écrire tous les jours 3 réalisations que vous avez accomplies et/ou 3 traits de caractère dont vous êtes fiers. 

Cela permet au cerveau de se remémorer que vous menez des actions positives qui ont de la valeur et donnent du sens à votre vie. Ce qui développe votre optimisme et votre confiance en vous sur le long terme si vous pratiquez l’exercice de manière assidue. 

Par exemple, vous pouvez écrire :

  • Je suis fier d’être une personne autonome et bienveillante
  • J’ai obtenu mon permis voiture cette semaine
  • Mon meilleur ami m’a remercié hier de l’avoir aidé à boucler son dossier d’inscription au concour

Nous avons tous le choix de nous affirmer d’une manière ou d’une autre. Nous sommes évidemment influencés par notre éducation, notre parcours, nos expériences qui ont installé des schémas de fonctionnement. 

Quand nous avons quelque chose à dire, exposer notre point de vue, nos besoins ou nous défendre, nous pouvons soit rester passifs et nous mettre en retrait, soit exercer une forme de manipulation sur l’autre pour obtenir ce que nous souhaitons, soit prendre un ton agressif, soit rester assertif, c’est-à-dire affirmer son point de vue et ses besoins dans le respect d’autrui. C’est bien sûr souvent plus facile à dire qu’à faire. 

Il existe une technique qui avec de la pratique peut vous aider à mieux communiquer en vous préservant et en préservant les autres. Marshall B. Rosenberg, est le créateur d’un processus de communication appelé « Communication Non Violente ». Dans son livre « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » – 1999, il explique le modèle OSBD ci-dessous.

Prenons un exemple : Vous avez une réunion d’équipe tous les jours de 9h à 9h30. Votre collègue Samy arrive souvent en retard et cela vous irrite au plus au point car selon vous, cela contribue au retard dans le travail de toute l’équipe. Comment allez-vous lui exprimer ?

Avec le modèle OSBD, cela donne :

  • : « Samy, j’ai pu observer que tu es arrivé à 9h10 lundi, 9h12 mardi et 9h13 mercredi. »
  • S: « Je me sens frustré car la réunion commence à 9h00 »
  • B: « J’ai besoin que toute l’équipe soit ponctuelle pour être ensemble et mener à bien cette réunion et les actions en découlant. »
  • D: « Serais-tu d’accord pour arriver à 9h00 avec les autres stp ? »

 

Qu’en pensez-vous ? N’est-ce pas une façon efficace et factuelle d’exprimer ce que vous ressentez et ce dont vous avez besoin sans juger et incriminer l’autre ? Cette façon de procéder n’appelle-t-elle pas une réponse aussi bienveillante en retour et une ouverture au dialogue ? Je vous invite à essayer.

Nous avons tous besoin d’interagir et de nous sentir intégrés, inclus dans une culture, un groupe, une équipe. Des relations mutuellement satisfaisantes reposent sur un équilibre entre qui nous sommes, le respect de ce qui est important pour nous et aussi la prise en compte des autres, de leurs sentiments et besoins et notre implication dans la vie du groupe. 

Pour être épanoui socialement, cela veut dire qu’il est important de positionner le curseur au bon endroit entre notre besoin d’indépendance, l’utilisation de l’empathie (qui est la capacité à reconnaitre, comprendre et prendre en compte ce que vivent les autres sans s’identifier à leur vécu) et notre implication dans la vie sociale du groupe. Ce n’est pas une tache aisée.

Il y a de multiples manières de maintenir des relations mutuellement satisfaisantes. Je vous livre un outil qui m’a beaucoup aidé à prendre du recul et à acquérir de la sérénité à ce sujet.

Dans son livre « Les Quatre Accords Toltèques » – 1997, Miguel Ruiz nous livrent le code de conduite suivant :

  • Que votre parole soit impeccable: Nous l’avons vu plus haut, l’assertivité est la meilleure manière de s’affirmer en préservant nos relations. De plus, les ragots, critiques, et autres messes basses humaines peuvent avoir des conséquences négatives en chaine sur les autres et sur nous-mêmes. Arrêtons de jeter du poison sans réfléchir.
  • N’en faites jamais une histoire personnelle: une manière de bien vivre les relations est de partir du principe que quelque soit les comportements, les dires et les actions des autres, ils ont forcément une bonne raison pour eux-mêmes de le faire. Et cette raison, même si elle nous impacte, n’est pas faite contre nous. La personne n’a peut-être même pas conscience de l’impact de ses agissements sur nous. Cette philosophie de penser permet de se détendre et laisser le bénéfice du doute aux autres. Elle nous rend plus positif et moins sur la défensive. Elle développe notre empathie.
  • Ne faites aucune supposition: Nous avons tendance à tout interpréter et souvent nous faire des idées sur les intentions des autres, qui nous font ruminer en boucle et peuvent nous rendre agressif. Alors ne supposons pas, demandons ! Si nous ne sommes pas sûrs de quelque chose, allons voir la personne pour vérifier nos impressions.
  • Faites toujours de votre mieux: A chaque jour suffit sa peine, arrêtez de vous mettre la pression sur tous vos agissements. Du moment où vous savez que vous avez fait de votre mieux, il n’y a pas à se sentir coupable ou incompétent. Plus d’indulgence vous permettra d’accepter vos variations d’énergie, de moins vous juger et aussi d’être moins exigeant avec les autres et de vous impliquer dans des actions associatives ou d’équipe à votre mesure, votre rythme, en toute sérénité.

Il va sans dire que l’ensemble des éléments évoqués ci-dessus auront un effet sur la manière dont vous aller prendre vos décisions et gérer les situations difficiles.

Comment vous sentez-vous à l’issue de la lecture de cet article ? A quel point cela vous a motivé à mieux prendre soin de vous et des autres ? Que penseriez-vous de développer votre intelligence émotionnelle au quotidien comme n’importe quelle autre compétence ?

Si tel est le cas, je reste à votre disposition pour en discuter et vous souhaite bonne route.

« Sans émotions, nos raisonnements sont biaisés et nos choix les plus simples peuvent déboucher sur des décisions aberrantes ». « Je pense donc je suis » ne suffit plus !

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Emmanuelle Rouaud, Coach et formatrice à Thil Ain - 01 Lyon
Emmanuelle Rouaud

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