Career Cushioning : cette tendance qui vient des États-Unis pourrait changer votre façon de gérer votre carrière.

Le « career cushioning » nous vient des États-Unis, popularisé en 2022 par l’experte carrière de LinkedIn Catherine Fisher. Selon une étude Robert Walters de 2023 , 37 % des cadres britanniques pratiquent déjà ce réflexe : entretenir leur réseau, leurs compétences et leurs options, sans être en recherche active. En France, ces étapes sont souvent réduites à un réflexe de gestion de crise.

Cet article défend une idée un peu différente : le bilan de compétences ne devrait pas être seulement un outil de reconstruction. Il peut aussi devenir un outil de gestion de carrière à part entière.

Pourquoi anticiper son avenir professionnel est devenu plus important que trouver le "bon" métier ?

On réfléchit à son futur professionnel quand on a besoin de changer par exemple lors d’un licenciement, d’un burnout ou d’un ras le bol. Et si vous y réfléchissiez même si vous aimez votre job actuel et que vous vous y sentez bien ?

On associe spontanément la démarche de bilan de compétences à une situation de crise professionnelle. Or de plus en plus de personnes viennent me voir sans être en mal-être au travail. Elles sont simplement stratégiques et objectives.

C’est exactement ce que le career cushioning décrit : un plan B construit au cas où, alors qu’on est encore pleinement investi dans son poste actuel.

Nous trouvons normal de faire un bilan de santé sans attendre d’être malade. Pourquoi en serait-il autrement pour notre vie professionnelle ? Tous les managers n’ont-ils pas eux-mêmes une liste de potentiels remplaçants, définie dès leur arrivée, pour eux et les membres de leur équipe ?

Faut-il attendre d'aller mal pour réfléchir à son avenir professionnel, ou est-ce une démarche qui s’anticipe justement quand le cerveau est disponible et libre, c’est-à-dire quand tout va bien ?

1. Le career cushioning : un réflexe encore rare et souvent mal utilisé

1.1 Pourquoi anticiper alors que tout va bien ?

Penser aux prochaines étapes professionnelles ne signifie pas chercher un autre poste activement.

Cela permet, en parallèle de son activité actuelle :

  • D’entretenir son network, sans attendre d’en avoir besoin,
  • D’identifier ses compétences transférables,
  • De se mettre en veille et de rester informé(e) des mutations de son secteur, notamment celles liées à l’intelligence artificielle,
  • D’évaluer sa valeur sur le marché sans avoir à le faire dans l’urgence,
  • De réduire l’anxiété liée à l’incertitude économique…

 

Bref, cela permet d’avoir un coup d’avance et de ne pas attendre la dernière minute ou qu’il soit trop tard pour se projeter.

1.2 Pourquoi la plupart des gens attendent quand même le dernier moment

Pendant longtemps, la stabilité a été valorisée : rester plus de 2 ans dans un poste, c’était se montrer professionnel.

Penser à évoluer en parallèle pouvait passer pour un manque d’engagement.

Ce référentiel a changé mais les mentalités ont du mal à suivre.

Dans les faits, la majorité des personnes n’entament cette réflexion qu’au moment où la situation devient difficile à vivre : un plan social qui s’annonce, une réorganisation, un épuisement ou une perte de sens qui s’installe.

C’est souvent trop tard pour réfléchir sereinement.

Le career cushioning ne se fait pas dans la panique, il se construit dans le calme et la sérénité.

le career cushioning est-il réservé aux personnes en mal-être au travail ?

La réponse courte est non.

Les observations sur le sujet sont assez claires : la grande majorité des personnes qui pratiquent le career cushioning continuent de s'investir pleinement dans leur poste. Elles ne sont pas en train de se désengager. Elles préparent juste la suite de la vie professionnelle qu'elles souhaitent avoir pour les 10 prochaines années. Et elles veulent le faire sereinement, sans pression, sans avoir à courir après un nouveau poste.

Un bilan de compétences n'est donc pas réservé aux moments de doutes ou de crise. Il peut tout à fait s'inscrire dans une démarche d’anticipation et de gestion de carrière, au même titre qu'un bilan de santé chez le médecin : pas parce que quelque chose ne va pas, mais précisément pour vérifier que tout va bien, et faire en sorte de le rester dans le temps.

2. Pourquoi anticiper change tout, même quand on aime son métier

2.1 Ce que notre cerveau fait pour éviter de se poser la question

Les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky ont montré que nous accordons systématiquement plus de poids à ce que nous risquons de perdre qu’à ce que nous pourrions gagner.

C’est ce qu’on appelle l’aversion à la perte.

À cela s’ajoute le biais de statu quo : nous préférons généralement la situation actuelle, même imparfaite, simplement parce qu’elle nous est familière et prévisible.

Concrètement, cela signifie que nous pouvons rester plusieurs années dans un poste qui ne nous correspond plus, parce que l’inconnu nous semble plus menaçant que l’inconfort.

Le career cushioning contourne intelligemment ce mécanisme : il ne demande pas de trancher, seulement d’explorer, sans pression.

2.2 La vraie question n'est pas : « suis-je mal dans mon poste actuel ? »

La chercheuse Amy Wrzesniewski a montré que nous pouvons vivre notre travail de 3 différentes façons : comme un emploi, une carrière, ou une vocation.

Notre manière de voir notre carrière peut évoluer avec le temps, sans qu’un métier n’ait objectivement changé.

Ce n’est donc pas seulement la question « est-ce que ça va mal ? » qui compte, mais celle-ci : « est-ce que ce que je fais aujourd’hui correspond encore à ce qui compte vraiment pour moi ? »

Vous serez en possession de tous vos moyens si vous préparez vos next steps quand tout va bien parce que votre cerveau sera en pleines capacités de le faire.

Attendre que ça sente le roussi risque de vous priver de ressources mentales essentielles à une réflexion mesurée et posée.

 

Ce que j’observe en accompagnement :

Les personnes qui viennent me voir alors qu’elles s’épanouissent encore dans leur travail ne cherchent pas à quitter leur emploi, elles cherchent à rester libres de choisir.

Et c’est souvent elles qui, au bout du compte, restent le plus longtemps et le plus sereinement dans leur poste actuel : parce qu’elles savent qu’elles y sont par choix, pas par défaut.

3. Comment mettre en place avec sérénité son propre career cushioning.

3.1 Réagir dans l'urgence ou anticiper en conscience ?

Se préparer et avoir tout sous contrôle sont 2 choses différentes.

Vous pouvez avoir une vision claire des possibilités sans tout maitriser qui vous prémunit des décisions impulsives et irréfléchies de dernier recours.

3.2 La bonne dose : ne pas être dans le déni, ni en vigilance permanente

Selon mon expérience, après plus de 3 000 heures d’accompagnement, les projets professionnels les plus solides ne naissent presque jamais dans l’urgence.

Le contexte économique actuel rend cette anticipation d’autant plus utile : selon le rapport Future of Jobs 2025 du World Economic Forum , 39 % des compétences clés des actifs devraient évoluer d’ici 2030.

Dans le même temps, Gallup estime que seuls 21 % des salariés dans le monde se déclarent pleinement engagés dans leur travail en 2026.

Deux chiffres qui pointent dans la même direction : rester attentif à son évolution professionnelle n’est plus une option réservée aux personnes en difficulté et n’est pas un luxe !

Cela dit, le career cushioning n’est pas non plus une invitation à scanner en permanence le marché de l’emploi par anxiété envers l’avenir.

L’objectif n’est pas de vivre dans le surcontrôle de toute sa vie mais de garder un œil intelligent, en connaissance de cause sur ce qui serait possible de faire au cas où.

En clair, d’assurer ses arrières pour agir en mode confort plutôt qu’en mode résignation.

3.3 Un cadre pour transformer cette lucidité en projet concret

La difficulté, dans cette démarche d’anticipation, n’est pas de manquer de pistes.

C’est souvent de ne pas savoir comment les organiser, ni comment distinguer une envie passagère d’un vrai signal à prendre au sérieux.

Un bilan de compétences apporte justement ce cadre : un espace structuré pour clarifier ce qui compte, ce qui est transférable, et ce qui mérite réellement d’être exploré, que ce soit pour mieux se positionner là où l’on est, ou pour préparer une suite ailleurs.

Conclusion

Le career cushioning n’est pas une preuve de désengagement. C’est une preuve de pragmatisme et de discernement.

Nous prenons soin de notre santé sans attendre d’être malades. Nous pouvons réfléchir à notre carrière sans attendre d’aller mal.

La vraie question n’est peut-être donc pas « dois-je partir ? », mais plutôt : « suis-je prêt(e) si demain les choses changent ? ».

Chez Aktasens, le bilan de compétences est justement pensé pour cette étape là : un outil de gestion de carrière, pas seulement

Si vous souhaitez échanger sur votre situation et découvrir comment un bilan de compétences peut vous aider, nous vous invitons à nous contacter pour un premier rdv découverte gratuit, sans engagement.

FAQ bilan de compétences et career cushioning

Emmanuelle Rouaud, Coach et formatrice à Thil Ain - 01 Lyon
Emmanuelle Rouaud

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